Lycée Georges Dumézil
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Publié : 1er janvier 2011
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Histoire du lycée

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Le lycée est donc l’héritier d’établissements destinés aux jeunes filles et dont la fondation remonte au début du siècle. Une histoire somme toute assez banale : des établissements qui se succèdent et qui prennent de l’importance pour répondre aux besoins croissant en matière d’enseignement et de formation puis à la vague démographique de l’après-guerre.

Nous publions ici avec sa permission un article d’André Goudeau, documentaliste du lycée, paru dans le Démocrate Vernonnais, les 10 et 17 octobre 1985 : De l’Ecole Primaire Supérieure au lycée, l’origine de la cité scolaire.

Quand situer l’origine du lycée ? Faut-il remonter à 1967 et à l’installation dans les nouveaux locaux des Valmeux ? Mais Vernon possédait un lycée avant cette date.

Faut-il alors aller chercher dans un passé bien plus lointain ? Henri IV fonda à Vernon en 1606 un collège dont les « heurts et malheurs » ont été contés par M. Baudot. Mais le lycée actuel n’a pas succédé à ce collège géré par la Municipalité et qui connut un très sérieux déclin au XIXè siècle avant d’être transformé en établissement libre sous le Second Empire.
En fait le lycée actuel est l’héritier d’un établissement donné au début du siècle. Le nouveau lycée polyvalent de 1967 résultait du transfert aux Valmeux du collège d’enseignement technique du Grévarin et du lycée mixte fonctionnant avenue Thiers (aujourd’hui P. Mendès-France). Cet établissement avait succédé au collège moderne de jeunes filles, lui-même héritier de l’ancienne Ecole Primaire Supérieure.

 L’Ecole Primaire Supérieure

A la fin du XIXè siècle, l’enseignement primaire supérieur se développe et prend le relais de « l’enseignement spécial » ouvert aux enfants des milieux modestes. La loi Goblet fixe en 1886 le statut juridique des Ecoles primaires supérieures. Des établissements de ce type sont peu à peu ouverts pour les jeunes filles souhaitant poursuivre des études sans aller au lycée réservé aux enfants de la bourgeoisie.

L’E.P.S. de Vernon date de 1903. Pour installer cette nouvelle école, Jules Soret, maire de Vernon et ses adjoints Couvrechef et Ruy décident de faire construire de vastes locaux dans le prolongement du bâtiment scolaire en briques orné des armoiries de Vernon et se trouvant à l’angle de l’ex-avenue Thiers et de la rue de Gamilly. Les élus confient le projet à l’architecte Débrié et celui-ci conçoit un long bâtiment en brique et en meulière. Sa façade, sur la place de la République ne manque pas d’allure et comporte l’inscription Ecole Primaire Supérieure. Le bâtiment existe toujours et abrite aujourd’hui l’école primaire du Centre, le CIO et l’inspection primaire. Dans la cour, une plaque de marbre rappelle la date de la construction.

L’E.P.S. de filles se développe sous l’autorité de Mlle Talvast. Celle-ci est remplacée en 1910 par Mme Retru qui venait de Montluçon où elle avait créé une E.P.S.

Une dizaine d’années de fonctionnement et c’est la guerre : l’E.P.S. est transformée en hôpital militaire et il faut déménager : l’externat et l’internat sont transférés dans le bâtiment du XVIIIè siècle situé au bas de la rue d’Albuféra et qui abrite maintenant la Banque de France.

Pas de service d’intendance pour gérer cet internat ! Celui-ci est au compte de la directrice qui doit nourrir les pensionnaires et veiller à équilibrer son budget.

Après la guerre de 1914-18 on réintègre les locaux de l’avenue Thiers qui connaissent quelques agrandissements. Mme Lévêque dirige l’école jusqu’en 1928, date à laquelle Mme Charlet lui succède jusqu’en 1944. Une dizaine de professeurs seulement prépare les élèves au Brevet élémentaire, au Brevet supérieur et au concours d’entrée à l’Ecole Normale. Les élèves se recrutent surtout dans les milieux modestes et il y a peu de jeunes filles d’origine bourgeoise car leurs familles préfèrent les envoyer au cours tenu par les Dominicaines. Entre les deux guerres, l’internat de l’E.P.S. accueille environ soixante élèves qui viennent des villages environnants ou même quelques unes de Paris.

 Le Collège

Avec la guerre de 1939-45, l’E.P.S. devient collège moderne de jeunes filles. C’est la « drôle de guerre » et il faut encore déménager. Dès la rentrée 1939, l’internat et l’externat sont transférés au château de la Madeleine près de Pressagny-l’Orgueilleux. Quelques classes fonctionnent par ailleurs Place d’Armes (aujourd’hui Place de Gaulle) dans les locaux d’une banque située à l’emplacement actuel du magasin Euréco-Monoprix.

Le samedi 8 juin 1940, lors du premier bombardement de Vernon, une bombe tombe sur les locaux de l’avenue Thiers mais elle s’arrête dans le grenier sans exploser. Une autre creuse un cratère dans la cour au niveau des portes centrales.

Après quelques réparations on réintègre les locaux du centre ville à la rentrée 1940.

Au début de la guerre, le lycée Molière et le cours Chateaubriand envoient au nouveau collège ceux de leurs élèves dont les parents sont repliés à Vernon. Les rapports ne sont pas toujours faciles avec ces élèves d’origine bourgeoise qui estiment déchoir en venant dans ce modeste établissement provincial.

A la Libération, Mlle Gaillardon prend la direction du collège jusqu’en 1954. Victime d’une longue maladie qui l’emportera, elle est remplacée par Mlle Parmentier, professeur de lettres dans l’établissement pendant dix-huit mois en 1953-54.

A partir de 1954, les effectifs s’accroissent lentement. Peu à peu un second cycle se développe non sans difficultés, notamment pour la création de la classe de seconde langue vivante (allemand). Le collège devient mixte à partir de la seconde et accueille les garçons venant de César Lemaître.

 « Le petit lycée »

Et à partir de 1956, le collège moderne et classique est officiellement transformé en lycée. La création des classes terminales ne se fait pas sans mal. La classe de Philo fonctionna d’abord sans autorisation officielle, les neuf heures hebdomadaires étant partagées entre la directrice et un professeur de lettres. La Maths Elem fut créée en 1958 malgré un refus de l’administration académique et grâce à la coopération bénévole du Commandant Perrin et d’ingénieurs du L.R.B.A. se joignant à Mlle Blumeau, professeur de physique dans l’établissement.

Heureux temps où l’administration de l’Education Nationale ignorait ou faisait semblant d’ignorer le nombre exact de classes d’un établissement !

Grâce à l’opiniâtreté des enseignants, Vernon disposait d’un second cycle complet. Vernon avait donc son lycée. Le « petit lycée » comme on dit encore parfois aujourd’hui. Ceux qui l’ont connu professeurs et élèves en gardent un souvenir attendri.

L’établissement ne comptait que quelques centaines d’élèves et restait aux dimensions de la « petite ville ». Il fallut néanmoins agrandir les locaux et installer deux classes préfabriquées, l’une d’entre elle abritant le laboratoire de physique.

Le lycée avait son petit journal La feuille de cresson relatant les activités théâtrales, les visites d’usines ou dès 1960 les échanges avec Bad-Kissingen. Chaque semaine, les lycéennes changeaient sagement de blouse, la bleue succédant à la rose. Les élèves chahutaient bien un peu à la fin de l’année au cours du monôme qui suivait les épreuves du baccalauréat car le lycée de Vernon était devenu centre d’examen vers 1960. A cette occasion, on sortait même le squelette de la salle de sciences naturelles. La distribution des prix qui se tenait au Cinéma-Théâtre clôturait solennellement l’année scolaire.

Outre Mlle Blumeau et Mlle Parmentier déjà citées, l’équipe pédagogique comprenait notamment Mlle Pélisson en philosophie, Mme Plu en français, Mlle Damasse en dessin et Mlle Robins qui animait un club d’anglais. Le lycée fut dirigé par Mlle Dagé de 1954 à 1960 puis par Mme Clérin jusqu’en décembre 1966. Mlle Coignard, professeur de mathématiques, assura l’intérim de la direction en 1966-67 jusqu’à l’arrivée de Mme Kolibabé.

 La Cité scolaire

Et le 23 septembre 1967, le lycée polyvalent des Valmeux et son CET annexé ouvraient leurs portes. Mille six cents élèves remontaient l’avenue de l’Ardèche pour s’installer dans le nouvel établissement. Ils découvraient des bâtiments sombres disposés dans un cadre verdoyant.

Les plans d’ensemble de la cité scolaire avaient été dressés par MM. Pottier et Tessier. Les architectes s’étaient efforcés de tirer parti de la pente du terrain et avaient ménagé au milieu de la Z.U.P. une vaste trouée verte dans le prolongement du Parc de Bizy.

Trois directrices se succédèrent à la tête de la cité scolaire entre 1967 et 1973 : Mme Kolibabé jusqu’en 1970, Mlle Gabrielli jusqu’en 1972, Mme Borgialo ne restant qu’une année scolaire 1972-73. Les associations de parents d’élèves et les élus protestèrent alors contre ces changements trop fréquents. M. Joulin, censeur du lycée, assura ensuite l’intérim de la direction pendant un an avant d’être nommé proviseur en 1974, fonction qu’il a occupé jusqu’en juin 1985.

Le nouvel établissement fut frappé par l’onde de choc de Mai 1968. Comment aurait-il pu en être autrement alors que Vernon est si proche de Paris ? Et la cité scolaire n’a-t-elle pas un peu des allures de campus universitaire ?

Au début des années 70, le lycée connut encore des grèves d’élèves à l’occasion de mouvements nationaux de protestation.

Le lycée qui avait vu s’accroître le nombre des professeurs a accueilli de jeunes enseignants pour qui Vernon était souvent un premier poste. Nommés là par hasard, ils succombèrent aux charmes de la « petite ville » et s’y sont fixés. Peu à peu, ils ont participé à la vie associative, culturelle, sportive et le lycée s’est ainsi trouvé mieux intégré à la vie de la cité.

Devenu siège du Greta (groupement d’établissements) de l’Eure-Est depuis 1973, le lycée joue un rôle important dans le domaine de la formation continue et les liens se sont renforcés avec les acteurs de la vie économique, d’autant que le L.E.P. comporte de nombreuses sections industrielles et commerciales.

Le lycée est donc l’héritier d’établissements destinés aux jeunes filles et dont la fondation remonte au début du siècle. Une histoire somme toute assez banale : des établissements qui se succèdent et qui prennent de l’importance pour répondre aux besoins croissant en matière d’enseignement et de formation puis à la vague démographique de l’après-guerre.

André GOUDEAU.